Spatial à 29 ans : Sabrina Andiappane décroche le Trophée des Étoiles de l’Europe 2019

27/12/2019

©Thales Alenia Space / Briot

Le 26 septembre 2017, Sabrina Andiappane, 26 ans, ingénieur R & D chez Thales Alenia Space a reçu le Trophée des Femmes de l'Industrie dans la catégorie Débuts prometteurs

Le 10 décembre dernier, Sabrina Andiappane réitére son ascension fulgurante en recevant, au nom de l'équipe Thales Alenia Space, le Trophée des Étoiles de l'Europe 2019 pour un projet de développement de capteurs destinés à reproduire l'autonomie de l'homme dans l'espace. 

L'objectif ? Faciliter le retour sur terre de débris spatiaux ou encore permettre l'accomplissement de nouvelles missions exploratoires. 

À 29 ans, cette fille d'immigrés indiens, passionnée par la robotique et l'exploration spatiale fait figure de véritable modèle. 

Un rôle nécessaire dans un domaine encore majoritairement composé d'hommes. 


RENCONTRE AVEC SABRINA ANDIAPPANE, JEUNE INGÉNIEURE PASSIONNÉE PAR LA ROBOTIQUE ET L'EXPLORATION SPATIALE


En quoi consiste votre activité au sein de Thales Alenia Space ?

Je suis ingénieure R&D Avionics et responsable de 2 projets H2020, menés sous la coordination de Thales Alenia Space pour le compte de la Commission Européenne. 

Il s'agit en réalité d'études R&D visant à concevoir des technologies disruptives qui deviendront réalités à court, moyen et long terme. 

Je trouve fort intéressant de pouvoir se pencher sur des sujets, relevant aujourd'hui de la science-fiction, qui verront le jour dans le futur. 

Auparavant, j'étais architecte de sous-systèmes de télécommunications sur des avant-projets/futures missions parmi lesquels Mars Sample Return ou Lunar Sample Return. 

Ces deux projets d'étude consistent à élaborer des technologies permettant de récupérer des échantillons en provenance de planètes extra-terrestres, telles que la Lune ou Mars. J'étais également architecte sur le projet de future station spatiale en orbite lunaire : Lunar Orbital Platform-Gateway.

Aujourd'hui, je coordonne 2 projets H2020 pour le compte de la Commission Européenne. Le premier, I3DS, qui vient d'arriver à son terme à la mi-février, vise à développer une suite de capteurs et de senseurs destinés à des missions d'exploration spatiale. 

On peut très bien imaginer que cette suite soit embarquée à bord de véhicules tels que le rover de la mission Exomars 2020 ou une « astromobile » destinée à l'exploration lunaire. I3DS est surtout destiné à des missions dites de rendez-vous avec un engin ou objet dans l'espace.


Le second projet porte le nom parfait pour parler de rendez-vous dans l'espace, EROSS : European Robotic Orbital Support Services. Avec ce projet H2020, il est question de développer les briques de base en vue de préparer les technologies relatives à l' « In-Orbit Servicing ». 

Comme leur nom l'indique, ces véhicules spatiaux sont destinés aux Services en Orbite. Véritables couteaux suisses, ils seront à même de mener un large éventail d'opérations en orbite parmi lesquelles : la désorbitation de débris spatiaux, la manipulation robotique, l'extension de la vie opérationnelle d'un satellite, le ravitaillement en orbite, l'inspection... 

Avec ces nouveaux engins, on assistera à un réel changement de paradigme d'un espace, où la stationnarité est de circonstance, vers un espace au contraire dynamique. 

Les Space Servicers, dont Thales Alenia Space est l'un des fers de lance les plus avancés, apporteront une nouvelle approche relative à l'accès à l'espace... 

Et si à l'avenir, l'on parvenait à construire des bases lunaires, les Space Servicers seraient d'un grand intérêt pour des missions de transport et d'assemblage des différents éléments.

Aussi, avec le projet H2020 EROSS financé par la Commission Européenne, Thales Alenia Space est responsable d'un consortium constitué de 10 entreprises européennes. 

Parmi les technologies nécessaires pour réaliser des opérations de maintenance en orbite, nous avons besoin de développer des capteurs et senseurs, des bras robotiques et pinces de capture permettant d'intercepter notre cible en orbite, les interfaces d'amarrage et de refuelling... 

Nous devons par ailleurs développer le système de Guidage, Navigation et Contrôle (GNC) permettant à nos engins spatiaux de se rapprocher du satellite ciblé en toute maîtrise.

Qu'est-ce qui vous rend le plus fière dans votre quotidien professionnel ?

Lorsque j'étais enfant, pour moi, l'espace, c'était un peu de la science-fiction. 

C'était partir à la découverte d'un imaginaire absolument futuriste. 

Aujourd'hui, pouvoir donner vie à des projets relatifs à la robotique ou l'exploration spatiale et déplacer le curseur depuis le statut de « rêve d'exploration » vers celui d'un programme bien réel et tangible, c'est pour moi une immense fierté. 

Je suis par ailleurs très heureuse de travailler pour une société qui a réalisé 50% du volume pressurisé de la Station Spatiale Internationale dont la célèbre Cupola ; cela représente tout de même 40% de l'ISS. 

Je suis également ravie de faire partie d'une entreprise qui a participé aux plus fantastiques missions d'exploration européenne et internationale à travers le système solaire. Nos technologies sont allées sur Mars, Vénus, Saturne, sur des comètes et des astéroïdes, et sont en route actuellement pour Mercure avec la mission BepiColombo. 

Demain, nous espérons bien retrouver des technologies Thales Alenia Space sur une orbite cislunaire voire même sur la Lune.

Pouvez-vous nous citer un élément marquant de votre carrière ?

Il y a quelques semaines, le projet I3DS dont je vous parlais précédemment a pris fin. 

J'ai eu beaucoup de chance à mon arrivée chez Thales Alenia Space car j'ai été soutenue par mon Manager qui m'a confié la responsabilité du consortium I3DS. 

Je n'avais que 25 ans lorsque l'on m'a donné cette chance. 2 ans et demi plus tard, j'ai été à la fois comblée et émue de voir le projet I3DS aboutir, à la satisfaction de notre client et des parties prenantes du projet.

Quelles sont les qualités requises dans votre métier ?

La rigueur, être un(e) bon(ne) communicant(e) et l'empathie :

  • La rigueur, parce que l'on coordonne des projets avec un consortium de 10 entreprises européennes, il faut être extrêmement précis et précautionneux dans le cadre du Management de Projet
  • La communication, écrite et verbale, permet de surmonter de nombreuses difficultés et permet d'asseoir un esprit d'équipe très solide entre les différents membres du consortium
  • Il faut pouvoir comprendre les problématiques et contraintes intrinsèques à chacun de ses partenaires pour pouvoir travailler conjointement en maximisant l'efficacité du consortium ; en ce sens, l'empathie est une composante déterminante.


Vous travaillez dans le spatial, un domaine qui fait rêver... Qu'est-ce qui vous a guidée dans cette voie ?

Sabrina Andiappane. Depuis toute petite, j'ai toujours été passionnée par l'espace. 

Je passais des heures à regarder un livre sur les planètes que ma grande soeur m'avait offert. Ce sont des petites choses comme ça, mais qui ont tout changé pour moi. 

Plus tard, au collège et au lycée, je me suis rendue compte que j'étais attirée par les matières scientifiques. 

À cet âge-là, on a du mal à se figurer ce qu'est un ingénieur. 

Mais au fur et à mesure, en avançant, tout s'est dessiné pour moi, grâce notamment au soutien de mes professeures, qui m'ont toujours incitée à poursuivre mes rêves.

Ces six dernières années, la proportion de diplômées ingénieures n'a pas évolué, demeurant sous la barre des 25%. Comment cela se matérialise-t-il dans la réalité ? Est-ce compliqué d'être une femme dans un milieu quasi exclusivement composé d'hommes ?

Sabrina Andiappane. Pour ma part, je n'ai ressenti cette réalité qu'assez tard. 

J'ai eu la chance d'avoir des parents qui m'ont toujours incitée à faire ce que je voulais faire, il n'a jamais été question de « métiers de femmes » ou de « métiers d'hommes ». 

Quand je suis arrivée en prépa, cela n'a pas non plus été flagrant, car il y avait un internat pour filles, la représentation était donc égale. 

Mais en effet, plus tard, en école d'ingénieurs, j'ai vraiment pu constater que nous étions très peu nombreuses, pour ne pas dire, seules ! 

Cela s'est confirmé lorsque je suis entrée sur le marché du travail. Le milieu spatial est très peu féminisé, chez Thalès Alenia Space par exemple, il y a 25,2% de femmes, ce qui est une bonne moyenne donc, mais ce n'est pas le cas partout. 

Dans la réalité, cela se matérialise par une ambiance particulière, pas forcément discriminante, mais différente. 

À mes débuts, à 26 ans, j'ai ressenti cela de façon très forte. Je me souviens d'une réunion durant laquelle notre interlocuteur ne s'adressait qu'à mon chef, alors même que j'étais celle qui avait fait tout le travail.

Selon vous, pourquoi les filles se dirigent moins vers les filières scientifiques ?

Sabrina Andiappane. Je pense qu'il y a un peu des raisons que je viens d'évoquer. Et puis, il y a aussi une certaine peur à l'idée d'être la seule femme dans un milieu masculin. 

On se dit facilement, « ok, mais le jour où je veux fonder une famille ? Cela risque d'être compliqué ». Les femmes pensent que les hommes ne prennent pas du tout en compte l'aspect famille. 

Et puis, il y a aussi cette peur des maths, on pense que si on n'aime pas les maths, on ne peut pas devenir ingénieur. 

Ce n'est pas vrai : pour ma part, je détestais les maths ! Mais j'ai fait un gros travail pour les apprivoiser, ce n'est donc pas impossible ! 

Cela étant, je pense qu'il y a tout de même une réelle évolution sur le plan de la représentation des femmes dans la science aujourd'hui. J'ai le sentiment que les filles se disent plus facilement qu'elles peuvent faire ce dont elles rêvent.

Quels conseils donneriez-vous à une fille qui voudrait se diriger vers votre domaine ?

Sabrina Andiappane. Ne vous posez pas la question de savoir si vous êtes capable ou pas de le faire. Faites-le, simplement. Donnez-vous les moyens ! 

Nous sommes tous à la hauteur, que l'on soit une femme ou un homme. Il ne faut pas se mettre de limites ou se contraindre soi-même...


Source : ELLE Active, Thales

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